Écrire au Moyen Âge était très différent d’aujourd’hui. Et pour cause : il n’y avait ni ordinateur ni stylo ! Les scribes de l’époque utilisaient des plumes et de l’encre, les outils de la calligraphie, pour écrire sur du parchemin. Savoir lire et écrire restait d’ailleurs le privilège d’une minorité : clercs, moines copistes, puis membres des élites et, plus tard, marchands des villes.
Plumes et instruments d’écriture
Comme nous l’avons dit, les gens du Moyen Âge n’avaient pas à leur disposition les instruments d’écriture que nous connaissons. On écrivait avec une plume d’oiseau, le plus souvent d’oie, taillée en pointe, dont le tuyau servait directement de manche. L’encre était tirée de substances végétales ou minérales. Le support principal était le parchemin, une peau de mouton, de chèvre ou de veau préparée pour l’écriture. Le papier, venu de Chine par le monde arabe, n’arrive en Europe qu’aux XIe-XIIe siècles par l’Espagne, puis se diffuse surtout à partir du XIIIe siècle avec les moulins italiens ; il ne supplante vraiment le parchemin qu’à la fin du Moyen Âge. Aujourd’hui, un carnet en cuir artisanal permet de retrouver le charme de ces supports anciens.
Comment fabriquer une plume ?
Pour fabriquer une plume, il fallait d’abord choisir une grande plume d’aile, souvent d’oie ou de cygne. On la faisait durcir, par exemple en chauffant le tuyau dans du sable chaud, puis on retirait une partie des barbes pour mieux la tenir. Avec un petit couteau, le canif, on taillait ensuite l’extrémité en biseau et on y pratiquait une fente qui permettait à l’encre de descendre régulièrement. La pointe s’usant vite, le scribe devait la retailler souvent. Avant la plume, on utilisait aussi le calame, un roseau taillé de la même manière.
Comment fabrique-t-on de l’encre ?
La plus répandue était l’encre ferro-gallique : on faisait macérer des noix de galle, ces excroissances qui poussent sur les chênes, puis on y ajoutait du sulfate de fer et de la gomme arabique pour lier le tout. On utilisait aussi des encres au carbone, à base de noir de fumée. Pour les titres et les enluminures, les copistes employaient des pigments de couleur, comme le vermillon pour le rouge.
Comment fabrique-t-on du parchemin ?
Le parchemin était fabriqué à partir de peaux de mouton, de chèvre ou de veau. Contrairement au cuir, il n’était pas tanné : la peau trempait dans un bain de chaux, était grattée pour retirer poils et chair, puis tendue sur un cadre pour sécher. On la ponçait enfin pour obtenir une surface lisse, prête à recevoir l’encre.
La qualité variait beaucoup : le vélin, très fin et fait de peau de veau, était réservé aux manuscrits de prestige ; des parchemins plus ordinaires servaient aux actes et aux documents courants. Pour les brouillons et les exercices, trop coûteux sur parchemin, on utilisait plutôt des tablettes de cire que l’on pouvait effacer.
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L’écriture des nobles
L’écriture était très importante au Moyen Âge, elle était le reflet de la culture et du niveau social de la personne. Les familles nobles pouvaient s’offrir les services d’un clerc ou d’un précepteur pour instruire leurs enfants, même si beaucoup de seigneurs préféraient dicter leurs lettres à un secrétaire. Les documents produits pour eux étaient écrits à la plume fine et à l’encre noire sur parchemin, dans une écriture soignée et lisible. Pour renouer avec cette élégance, un carnet en relief aux symboles mystiques fait un support de choix.
La calligraphie était l’art d’écrire de façon ornée et raffinée. Elle était surtout l’affaire de professionnels : les moines copistes dans les scriptoria des monastères, puis, à partir du XIIIe siècle, des scribes laïcs installés dans les villes universitaires. Leurs clients étaient l’Église, les nobles et les riches bourgeois ; les gens simples n’avaient ni les moyens de commander des livres ni l’occasion d’apprendre cet art. Les scribes utilisaient une plume fine, un encrier souvent taillé dans une corne, et un canif qui servait aussi bien à retailler la plume qu’à gratter les erreurs.
L’écriture des non-nobles
La grande majorité des gens au Moyen Âge ne savaient ni lire ni écrire. À partir des XIIe et XIIIe siècles, les villes changent toutefois la donne : marchands, notaires et artisans ont besoin de tenir des comptes et des contrats, et des écoles urbaines se développent. Ces nouveaux lettrés utilisent des outils plus modestes et une écriture cursive, plus rapide et moins ornée que celle des manuscrits de prestige, mais parfaitement adaptée à leurs besoins quotidiens.
La langue française au Moyen Âge
La langue française a beaucoup évolué au cours du Moyen Âge. Au début de la période, le latin était la seule langue écrite, celle de l’Église, du droit et du savoir, tandis que la population parlait des dialectes romans. Les Serments de Strasbourg (842) sont considérés comme le plus ancien texte en langue romane. Le français gagne ensuite l’écrit à partir des XIIe et XIIIe siècles, avec les chansons de geste, les romans de chevalerie et les premiers actes rédigés en langue vulgaire ; l’ordonnance de Villers-Cotterêts (1539) l’imposera plus tard dans les actes officiels.
Le Moyen Âge était une période de grands changements linguistiques. De nouveaux mots et de nouvelles expressions apparaissaient, et les scribes devaient inventer des façons de noter à l’écrit des sons que l’alphabet latin ne prévoyait pas.
Les auteurs ont aussi contribué à enrichir la langue en créant des mots pour désigner les techniques et les réalités nouvelles de leur époque. Certains mots que nous utilisons encore aujourd’hui viennent du Moyen Âge !
La diffusion de l’écriture
Dans une société où la parole restait le premier moyen de communication, l’écriture était le principal moyen de conserver et de transmettre durablement les idées. Les écrivains du Moyen Âge ont donc joué un rôle essentiel dans la transmission de la culture et des connaissances. De nombreux textes du Moyen Âge ont été conservés et sont encore lus aujourd’hui, ce qui nous permet de mieux comprendre cette période fascinante de l’histoire.
En mille ans, l’écriture a profondément évolué : le français a pris place aux côtés du latin, les écritures se sont transformées, de la minuscule caroline à l’écriture gothique, et le papier a peu à peu remplacé le parchemin, préparant l’arrivée de l’imprimerie au XVe siècle. Malgré les différences avec notre façon d’écrire, bien des mots et des expressions nous rappellent encore cette époque.
Vous souhaitez en savoir plus sur l’écriture au Moyen Âge ? Plusieurs ouvrages de référence traitent de ce sujet, si vous êtes intéressé !
Quelques ouvrages sur l’écriture et le livre au Moyen Âge
- Paléographie de l’Antiquité romaine et du Moyen Âge occidental, de Bernard Bischoff
- Le Livre au Moyen Âge, ouvrage collectif sous la direction de Jean Glénisson
- Histoire du livre, d’Albert Labarre (collection « Que sais-je ? »)
Nous vous laissons avec ces quelques pistes, en espérant qu’elles vous feront découvrir bien des choses intéressantes !
FAQ
Qui savait écrire au Moyen Âge ?
Au haut Moyen Âge, l’écriture est presque réservée aux clercs, c’est-à-dire aux hommes d’Église, et en particulier aux moines copistes. À partir des XIIe et XIIIe siècles, elle se diffuse dans les villes chez les marchands, les notaires et une partie de la noblesse. La grande majorité de la population, surtout dans les campagnes, reste cependant illettrée jusqu’à la fin de la période.
Combien de temps fallait-il pour copier un livre au Moyen Âge ?
Cela dépendait de la taille de l’ouvrage, de l’écriture choisie et du soin apporté au décor. Un copiste pouvait passer plusieurs mois, voire plus d’une année, sur un grand manuscrit, sans compter le travail des enlumineurs et des relieurs. C’est ce qui explique le prix très élevé des livres avant l’imprimerie.
Avec quoi écrivait-on avant l’invention du stylo ?
Au Moyen Âge, on écrivait surtout avec une plume d’oie taillée au canif et trempée dans l’encre. Pour les notes et les brouillons, on utilisait un stylet sur des tablettes de cire, que l’on pouvait effacer et réutiliser. La plume d’acier n’apparaît qu’au XIXe siècle, et le stylo à bille au XXe.
Pourquoi les manuscrits médiévaux sont-ils si bien conservés ?
Le parchemin est un support très résistant, bien plus durable que beaucoup de papiers modernes, et l’encre ferro-gallique pénètre profondément la peau. Les manuscrits étaient aussi conservés avec soin dans les bibliothèques des monastères, des cathédrales et des princes. Beaucoup ont néanmoins disparu dans les incendies, les guerres ou par simple usure.
Quelle différence entre un scribe, un copiste et un enlumineur ?
Le scribe ou copiste recopiait le texte à la main, lettre après lettre. L’enlumineur intervenait ensuite pour peindre les lettrines, les bordures décorées et les miniatures, parfois rehaussées d’or. Dans les grands ateliers, ces tâches étaient souvent confiées à des personnes différentes.






















